La présence du passé – (Salle d’exposition 15)

 

 

Les citations présentées ici doivent être une invitation à garder à l’esprit jusqu’aujourd´hui les crimes national-socialistes. Elles ne doivent être en aucun cas considérées comme représentatives.

 


 

 

Esther Reiss

 

Lorsque la guerre se fini, je voulus me suicider. Je ne l´ai pas fait parce que je devais raconter à ma mère ce qui était arrivé à ma sœur. Elle était morte dans les derniers jours de Bergen-Belsen.

(Citation extraite d’une interview en 2000, autorisée en 2005)

 

  • Esther Reiss est née en 1923 à Lodz, elle entre dans le ghetto de Lodz en 1940, par la suite elle est déportée au camp de Auschwitz puis de Bergen-Belsen. Elle est la seule survivante de sa famille. Elle immigre en 1945 pour la Palestine d’alors. Elle vit aujourd’hui à Jérusalem.

 

 

Halina Birenbaum

 

Après la libération, j´étais comme une pierre: je ne ressentais plus rien. Puis sont venues les souffrances et les peines à cause de tous ceux qui n´étaient plus.

(Citation extraite d’une conversation, autorisée en 2005)

 

  • Halina Birenbaum est née en 1929 à Varsovie. À l’âge de 13 ans elle quitte le ghetto de Varsovie pour Majdanek, Auschwitz et enfin Ravensbrück. Elle est libérée à Neustadt-Glewe et retourne directement à Varsovie. Elle immigre en Palestine en 1947 où elle fonde une  famille. Elle vit aujourd’hui en Israël, elle accompagne des excursions scolaires en Pologne pour visiter les mémoriaux et a témoigné son expérience dans de nombreux ouvrages.

 

 

Gunter Demning

 

Je ne sais pas, parfois j’essaye de ne pas penser à ce à quoi mon père a participé.

 (Citation extraite d’un film documentaire en 2000, autorisé en 2005.)

  • Gunter Demnig est né à Berlin en 1947. Après le bac, qu’il passe en 1967, il étudie les beaux-arts et les techniques pédagogiques concernant l’art. A partir de 1977, il est associé à un grand nombre de projets artistiques. Depuis 2000, il édite « Stolpersteine » pour la mémoire des individus déportés ou tués durant l’épisode national-socialiste. Son père appartenait à la Wehrmacht à cette époque.

 

Alfred Silberstein

 

Il a fallu au moins six mois après la libération avant  que je puisse dire « oui, je suis libre ». Je portais d’autres vêtements. Mes cheveux avaient repoussé. Je n’avais plus faim. Mais, je ne faisais confiance à personne.

(Citation extraite d’une interview en 1996, autorisée en 2005. Silberstein)

  • Alfred Silberstein est né à Berlin en 1927. En mars 1943, il est déporté avec sa sœur à Auschwitz. De là, il participe à la marche de la mort jusqu’au camp de Mittelbau-Dora où il a la chance juste avant la fin de la guerre de prendre la fuite. En 1946, il se présente comme témoin au procès de Nuremberg sur les crimes de guerre. Deux ans plus tard, Alfred Silberstein émigre en Nouvelle-Zélande, où il vit aujourd’hui.

 

Primo Levi

 

J’avais l’impression que chacun se devait de nous poser des questions, de lire sur nos visages qui nous étions, d’écouter humblement nos récits. Mais aucun ne nous regardait dans les yeux, aucun ne releva ce défi : ils étaient sourds, aveugles et muets, enfermés sur leurs ruines comme dans une forteresse d’ignorance intentionnelle, toujours aussi forte, toujours aussi capables de haïr et de mépriser, toujours aussi emprisonnés et empêtrés dans une toile d´arrogance et de culpabilité.

 (Primo Levi, La Trêve, première publication italienne en 1963, publication française la même année et publication allemande en 1964.) 

  • Primo Levi est né à Turin en 1919. Il est arrêté en 1944 pour son appartenance à la «Resistenza »et est déporté à Auschwitz. Étant chimiste de formation, il est assigné au travail forcé au Buna-Werken à Auschwitz-Monowitz. Il survécut et retourna en Italie où il exerca les professions de chimiste et d’écrivain. Il se donne la mort en 1987. 

 

Gila Lustiger

 

Qu’il vive au travers de nous ou au travers de nos parents, le passé obscurcit tout et face à l’horreur, même le plus petit sentiment de vie privée  et d’intimité tombe dans le silence.

(Gila Lustiger, Réflexion sur la condition des auteurs juifs en Allemagne, 1999)

 

  • Gila Lustiger est née en 1963 à Francfort s/Main. Elle étudie la langue et littérature allemande ainsi que la littérature comparée en Israël. Elle vit aujourd’hui à Paris avec sa famille et exerce les professions d’écrivain et d’éditeur.

 

 

Yaakov Gilad

 

Quand j’avais des mauvaises notes ou que je cassais quelque chose, elle disait (ma mère) : « Dommage que j’aie pu sortir de Auschwitz si c’est pour vivre ça »

(Citation extraite d’un film documentaire de1988, autorisée en 2005)

  • Yaakov Gilad est né en 1651 à Hedera. Il est musicien et producteur. Dans ses œuvres musicales et filmographiques il évoque de façon récurrente l’histoire de la survie de sa mère et ainsi les conséquences qui en découlent. Sa mère a survécu aux camps de Majdanek, Auschwitz et Ravensbrück. Il vit et travaille en Israël.

 

Alexandre Halaunbrenner

 

Dans le quartier où nous vivions, personne n’en parlait. Pourquoi pas ? Parce que- nous habitions dans Le Marais, le quartier juif de Paris et tous mes amis avaient quelque chose à voir avec cette histoire. Même si ce n’était pas la même chose pour tout le monde, je n’en ai jamais parlé avec mes amis. J’ai même eu des amis qui ne savaient pas que j’étais allé en camp.

 (Citation extraite d’une interview, autorisée en 2005 Halaunbrenner)

  • Alexandre Halaunbrenner est né à Paris en 1931. Il est interné avec ses sœurs et sa mère dans différents camps français. Après la mise en place de la « Hausarrest », la famille était toujours victime de razzias et de déportation. Alexandre Halaunbrenner survécut en cachette en France avec sa mère et l’une de ses sœurs. Son père et ses autres frères et sœurs furent tués par le régime nazi. Il vit aujourd’hui à Paris.

 

Etgar Keret

 

Quand j’avais trois ou quatre ans et qu’on me frappait ou dès  que j’avais mal, je ne pleurais jamais parce que je me disais que je n’en avais pas le droit. Mais qu’est ce que c’est? Ce n’est rien en comparaison avec ce que mes parents ont souffert- et je ne voulais pas leur faire de peine.

 (Citation extraite d’une interview pour la radio en 2004, autorisée en 2005)

 

  • Etgar Keret est né à Tel Aviv en 1967. Il est actuellement dessinateur de bandes-dessinées, scénariste, réalisateur et écrivain. Ses parents ont été rescapés du ghetto de Varsovie. Un bon nombre de ses œuvres concernent l’holocauste. Il vit en Israël.

 

  

Joseph Wulf

 

J’ai publié dix-huit livres au sujet du Troisième Reich mais aucun n’a eu d’effet. Tu peux te documenter sur les Allemands morts, il peut y avoir à Bonn le régime le plus démocratique qui soit et les meurtriers déambulent librement, ont leur maisonnée et cultive leurs fleurs.

 (Citation extraite d’une lettre à son fils en 1974.)

  • Joseph Wulf est né en 1912 à Chemnitz. Sa famille émigre en Pologne alors qu’il avait cinq ans. En 1941 il rallie un groupe de résistance juif, arrêté en 1943, il est déporté à Auschwitz. Après la guerre il cofonde de la commission centrale d’Histoire juive en Pologne. Il vit à Paris entre 1948 et le début des années 1950 jusqu’à son départ pour Berlin où il publie de nombreux ouvrages au sujet des coupables du régime national-socialiste. En 1964 il tente de fonder à la maison de la conférence de Wannsee, étant à la tête d’un cercle d’intéressés, un « centre de documentation international pour la recherche sur le national-socialisme et ses effets ». Cette initiative n’eut pas l’impact espéré. Joseph Wulf se donne la mort en 1974.

 

Lothar Kreyssig

 

Cependant, cette possibilité de compensation est entravée par le fait que des choses comme la vie et la liberté sont irremplaçables, d’autres comme l’honneur et la santé ne peuvent être que partiellement retrouvées. Quels que soient les efforts, la blessure est irréparable.

(Citation extraite d’un manuscrit non publié, 1958.)

  • Lothar Kreyssig est né en 1898 à Flöha. Il se bat comme officier inférieur durant la première guerre mondiale. Après la guerre il étudie le droit, obtient la nationalité allemande et appartient à un groupe de duel. A partir de 1923, il commence à réfléchir à ses opinions politiques. Il rallie la paroisse de l’Église des déclarés, il s’illustre à plusieurs reprises dans la résistance contre l’ « euthanasie ». Il fonde en 1958, l’association « action expiation/service pour la paix ». Il est mort en 1986.

  

Willi Frohwein

 

J’ai pris conscience de la vraie signification de la libération lors du procès Fischer en 1966. Au regard des crimes qui y furent évoqués, j’ai compris de quel destin terrible j’avais été libéré.

(Citation extraite d’un témoignage en 2004, autorisée en 2005)

  • Willi Frohwein est né en 1923 à Berlin, fils d’un père juif et d’une mère non-juive. En tant que « Mischling de premier grade », il fait l’objet de représailles ce qui le conduit à vouloir fuir pour la Suisse à l’âge de dix-neuf ans. Dans sa fuite, il est arrêté et déporté à Auschwitz. D’Auschwitz il est conduit successivement aux camps de Mittelbau-Dora et Bergen-Belsen, d’où il est libéré en 1945. Après la guerre, il vit en RDA, il participe au procès du médecin Horst Fischer comme témoin. Il fait part de ses expériences à des classes.

 

Yehuda Poliker

 

Un soir- j’avais cinq ou six ans-mon père voulait manger quelque chose et prit du pain. Il ne le découpait jamais, mais rompait toujours de gros morceaux qu’il fourrait dans sa bouche. Une habitude qu’il avait gardée de l’holocauste, de camp de concentration. Ce soir là le pain resta coincé dans sa gorge. Il vira au bleu. Ma mère m’envoya chercher le médecin. Je courrais et je ne pouvais pas m’empêcher de penser que  quand je rentrerais, il serait mort. Depuis lors je bégaye.

(Citation extraite d’un film documentaire de 1988, autorisé en 2005.)

 

  • Yehuda Poliker est né à Kiryat Haim en 1950, ses parents furent déportés de Grèce et survécurent au camp d’Auschwitz. Il et musicien et a écrit de nombreuses œuvres avec Yaakov Gilad, qui s’intéressent à la Shoah et aux conséquences pour les générations futures. Il vit et travaille et Israël.
     

 

Viola Roggenkamp

 

Être juif et Allemand, ça ne peut pas vraiment exister après la Shoah. Et pourtant si. Je suis la fille d’une juive allemande et de son amant goy. Dans l’ensemble ma famille a survécue au régime nazi et m’a appris à ne pas perdre les faveurs des autres Allemands. Les enfants de ceux qui ont agis, de ceux qui ont aidé et de ceux qui ont su ont fait l’effort de tout bien faire : de la venue à bout de leur passé jusqu’à la musique Klesmer.

(Citation extraite d’un discours, autorisé en 2005.)

 

  • Viola Roggenkamp est née en 1948 à Hambourg. Originaire d’une famille juive allemande, elle fut pendant plus de vingt ans écrivain, l’auteur notamment de « Die Zeit », elle voyagea et vécu de nombreuses années dans des pays d’Asie et en Israël. Elle vit aujourd’hui en Allemagne.
     

 

Fritz Stern

 

L’expérience national-socialiste pèse sur nous tous. Le national-socialisme ne disparaît pas et dans quelques recoins sombres, on voit que le charme de l’idée de « Volksgemeinschaft » est encore attrayante. Les crimes sont présents dans la mémoire collective, la question : « comment cela a-t-il pu être possible? » ne disparaîtra pas avec le temps et toute embardée dans la « normalité » est vaine.

(Citation extraite d’un discours à l’occasion de la remise du « prix de la paix des libraires allemands » en 1999, autorisée en 2005.)

 

  • Fritz Stern est né à Breslau en 1926. Sa famille immigre en 1938 aux États-Unis. Il étudie l’histoire et obtient une chaire à l’université de Columbia à New York. Il travaille après la réunification de l’Allemagne comme conseiller de l’ambassadeur des États-Unis à Bonn. Il vit et travaille actuellement aux Etats-Unis.
     

 

Anke Knitter

 

Quand on discutait avec des élèves de droite à l’école, je me suis toujours sentie personnellement attaquée. Leurs observations me faisaient penser qu’ils ne savaient pas ce qu’ils disaient là. Par ailleurs, j’avais l’impression qu’il fallait que je protège mon grand-père.

(Citation extraite d’une discussion, autorisée en 2005)

 

  • Anke Knitter est née en 1977 à Potsdam. Elle est secrétaire commerciale et vit en Allemagne. Son grand-père a survécu aux camps de Auschwitz, Mittelbau-Dora et Bergen-Belsen.

                     

 

Katrin Himmler

 

Quand j’avais quinze ans, un camarade de classe me demanda soudainement en cours d´histoire si j’avais un rapport avec Himmler. J’approuvais avec une boule dans la gorge. La classe était silencieuse. Tous étaient éveillés et intéressés. Mais la professeur était tendue et continua comme si rien ne s´était passé. Elle avait raté une chance de nous faire comprendre en quoi nous, la deuxième génération, sommes encore inséparables de cette « vieille histoire ».

(Katrin Himmler, Les Frères Himmler, Francfort s/Main 2005)

 

  • Katrin Himmler est née en 1967 à Dinslaken. Après des études de sciences politiques, elle s’occupe dans différents contextes du problème de la prise en compte du passé nazi et prend ses distances avec l’histoire de sa famille. Heinrich Himmler était son grand-oncle. Elle vit avec son fils en Allemagne.

 

  

Ignaz Bubis

 

Si j’avais vécu sans cesse avec ces souvenirs, je n’aurais pas pu continuer à vivre –et sûrement pas en Allemagne. C’est comme ça pour moi et pour beaucoup de survivants et de descendants. Évincer cette expérience de sa mémoire et se taire sont probablement une protection vitale pour les survivants.

(Ignatz Bubis, citation extraite de son autobiographie, 1996.)

 

  • Ignatz Bubis est né en 1927 à Breslau, sa famille déménage en 1935, pour Deblin s/Weichsel. Il est enfermé dans le ghetto en1941 et déporté en 1944 au camp de travail de Tschenstochau. Son père et deux de ses frères et sœurs sont tués parles Nazi. Après la libération, Bubis déménage pour l’Allemagne où il s’établit dans les années 1950 à Francfort s/Main. Il s’engage politiquement pendant une dizaine d’années et est élu en 1992 à la présidence du conseil central des juifs d’Allemagne. Il meurt en 1999 et est enterré selon ses vœux en Israël.        

 

 

Ulrike Krüger

 

Oui, la faute de mon père fait partie de ma vie. Je vis et ainsi, je suis un être responsable. Je ne peux supporter cela que dans la mesure où je suis prête à toujours remettre en question ce passé et donc de prendre au sérieux ces évènements horribles. Il s’agit de vies anéanties, autant physiquement que psychologiquement. Mon défi est de placer cette conscience dans mon quotidien et d’essayer de faire quelque chose contre les préjugés, le non-respect et la destruction de l’humanité.

(Citation extraite d’un film documentaire de 1986, autorisé en 2005.)

 

  • Ulrike Krüger est née en 1944 à Waischenfeld. Elle a suivi une formation d’éducatrice. À l’âge de treize ans, elle s’oppose au passé de son père, Wolfram Sievers, qui était  le secrétaire de la société de recherche des aïeux allemands ("Forschungsgemeinschaft deutsches Ahnenerbe e.V.) des SS. Elle vit avec sa famille en Allemagne.