La Maison de la Conférence de Wannsee

La Conférence de Wannsee du 20 janvier 1942
Fin 1940, la SS (Schutzstaffel) – Unité de protection - acquit la somptueuse villa d’un industriel, construite en 1914 dans une banlieue élégante du sud de Berlin, aux bords du lac de Wannsee. La villa fut aménagée pour accueillir hôtes et réunions de la SS. Sur invitation et sous la présidence du chef du SD (Sicherheitsdienst) – Service de sécurité -, Reinhard Heydrich, s’y déroula le 20 janvier 1942 un colloque de membres de la SS, de hauts fonctionnaires et des représentants du parti. L’unique point à l’ordre du jour du «colloque suivi d’une collation» était la «solution finale de la question juive».
Jusqu’en septembre 1941, invoquant la priorité d’une victoire sur l’URSS, Hitler
avait refusé de répondre positivement aux Gauleiter demandant la déportation des
Juifs allemands ainsi qu’à Heydrich qui souhaitait des déportations partielles.
En septembre 1941, son autorisation i.e. son ordre de déporter les Juifs du
Reich balaya les derniers obstacles se dressant devant les chefs SS. Il est vrai
qu’ils se trouvaient devant de considérables problèmes pour ce qui est des lieux
de déportation provisoires, en attendant que fût possible le transport dans les
camps de Sibérie. Les administrations allemandes des ghettos polonais
protestèrent contre l’arrivée annoncée de Juifs originaires d’Allemagne et
réagirent par des massacres de Juifs indigènes pour «faire de la place». C’est
ainsi que le Gauleiter Greiser à la tête du Gau de la Warthe obtint de Himmler
l’autorisation d’assassiner 100’000 Juifs du ghetto de Lódz inaptes au travail,
assassinat qui débuta le 8 décembre 1941 à Chelmno au moyen de chambres à gaz
montées sur camions. Les fusillades en masse des Juifs lettons du ghetto de Riga
commencèrent dès novembre 1941 à l’arrivée du premier convoi de déportés venant
d’Allemagne.
Les quinze participants de la «conférence de Wannsee» discutèrent de la
collaboration de leurs administrations respectives en vue de la déportation
imminente de tous les Juifs d’Europe dans les territoires conquis à l’Est.

Le SD prévoyait de déporter jusqu’à onze millions de personnes. Les fonctionnaires furent informés du détail des méthodes d’extermination expérimentées par le passé et firent des propositions dans l’intérêt de leurs services. Aucun des participants ne fit état des scrupules de principe qu’il aurait pu éprouver devant cette préparation d’un crime d’État d’une dimension jusque-là inconcevable. On accepta que la direction des opérations fût confiée à Heydrich. Toutefois, Heydrich ne réussit pas son coup de main destiné à élargir le cercle des personnes à déporter au départ du Reich – bien au-delà de la définition du «juif» depuis les lois de Nuremberg de septembre 1935. Heydrich voulait déporter des «demi juifs» et les époux juifs de partenaires «ariens» (après un divorce forcé). Contre cette tentative de lui arracher ses prérogatives, à savoir son pouvoir officiel de définir qui était juif au sens juridique du terme, le Dr Stuckart, secrétaire d’État au ministère de l’Intérieur et auteur des lois et règlements antijuifs, put à long terme se défendre avec succès. C’est sur la définition de «juif» selon Stuckart que furent fondés les ordres d’Eichmann concernant les préparatifs des déportations au départ d’Allemagne entamés immédiatement après la Conférence de Wannsee.
La Conférence de Wannsee ne marque donc ni le moment ni
le lieu de la décision d’assassiner tous les Juifs – cette décision avait
été prise plus tôt et oralement par Hitler au sein du petit cercle de la clique
de ses proches – mais il s’agissait d’une conférence d’organisation une
fois que la décision était tombée au plus haut niveau. Du fait de cette
conférence, la totalité de l’appareil d’État allemand devint le complice passif
et actif du génocide des Juifs, dont environ six millions de personnes devaient
être les victimes.
Le ou les prétendus faussaires auraient dû, lorsqu’en 1947 on découvrit le
document à l’intérieur de deux dossiers du ministère des Affaires étrangères
portant le titre de «solution finale de la question juive», falsifier des
centaines de pages en même temps que des observations manuscrites et des
paraphes du personnel d’alors du ministère, accompagnant le protocole du bureau
de Luther parvenu jusqu’à nous. L’examen physique à lui seul du protocole
lui-même et des documents d’accompagnement, des numéros d’enregistrement, des
notices marginales et des signatures confirment, selon l’expertise du personnel
scientifique des archives politiques du ministère des Affaires étrangères, sans
doute aucun leur authenticité. Il est, de plus, tout aussi absurde de faire état
des copies ou collages fabriqués après la découverte de l’original pour prouver
la fausseté de celui-ci ou de les assimiler comme des variantes de
«falsifications» à l’original pour démasquer celui-ci comme œuvre de faussaires.
Il ne nous reste rien d’autre qu’à reconnaître le fait historique qu’au tournant
des années 1941/42, l’assassinat de tous les Juifs européens devint le but
officiel du Reich allemand et de ses institutions. Avec la Conférence
de Wannsee, les massacres de masse d’ores et déjà entrepris se transformèrent en
génocide systématique.
* Le Dr. Norbert Kampe, historien et directeur général de
la Maison de la Conférence de Wannsee, lieu du souvenir et de l’éducation.
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Avec autorisation: SHALOM - Le magazine Juif Européen, no. avril 2004
